Féminisme5 min de lecture10 octobre 2026

Féminisme en entreprise : les normes patriarcales à l’épreuve du parcours de Lila

« Et si ça avait été un homme ? » : ces inégalités au travail que Lila nous invite à questionner

Féminisme en entreprise : une dame blanche seule au milieu de pièces noires sur un échiquier

Dans Fallait pas me croire, j’ai choisi d’explorer, à travers Lila, le monde du travail et la place des femmes dans la société en 2026.

Après plusieurs discussions, et notamment en m’inspirant de l’histoire d’une amie qui m’a particulièrement marquée par son injustice, j’ai commencé à construire le personnage de Lila. Son histoire s’est également nourrie de certaines scènes dont j’ai moi-même été témoin.

Et je pense qu’il reste encore du chemin à parcourir en 2026. L’histoire de Lila montre d’ailleurs qu’elle a eu affaire à de sacrés cowboys du XXIᵉ siècle !

Tout au long de cet article, je vous invite donc à vous poser une question : « Et si ça avait été un homme ? »

Jugée dès son arrivée

Sans spoiler, on comprend rapidement que, dès son arrivée, Lila est jugée de la tête aux pieds. Vous allez me dire : « Oui, enfin, on le fait tous un peu, non ? » C’est vrai, je vous l’accorde.

Le problème vient ici de l’image qu’on lui attribue dès le départ.

J’ai volontairement choisi de placer Lila dans une entreprise composée à 95 % d’hommes et d’en faire une jolie femme, histoire d’ajouter une couche supplémentaire. Et, comble de l’affaire, elle est aussi intelligente et vive ! 😉

95 %

d’hommes dans l’entreprise où Lila fait ses débuts.

Très vite, les regards individuels se transforment en un jugement collectif. Une image se construit autour d’elle, s’installe dans les esprits et finit par devenir une évidence pour ceux qui l’entourent. Une image profondément ancrée dans les clichés que l’on associe encore trop souvent aux femmes dans le monde professionnel.

Paradoxalement, un homme peut également devenir victime de ce piège patriarcal et, malgré lui, en jouer le jeu sans même s’en rendre compte.

Accusée de favoritisme

En quelques jours, Lila se retrouve haïe, enviée, jalousée et accusée de favoritisme.

La question qui se pose est la suivante : pourquoi n’est-il pas envisageable, dans l’esprit de ses collègues, en grande majorité masculins, qu’elle soit simplement… douée ?

Après tout, comme tout patron qui reconnaît un talent, son supérieur n’a pas forcément envie de « se la faire » : il veut peut-être simplement garder un bon élément.

Et si ça avait été un homme, qu’aurait-on dit ?

Le problème, dans ce schéma, ne se limite pas au fait que Lila va subir un licenciement abusif lié à son genre, risquer de rencontrer des difficultés financières, morales, et se retrouver fragilisée par des conséquences dont elle n’est pas responsable.

Il réside aussi dans le fait qu’un homme puisse se retrouver impliqué malgré lui dans cette mécanique et, sans nécessairement en avoir conscience, contribuer au déchaînement qui s’est abattu sur elle.

J’en reviens à mon précédent article sur l’évolution des mentalités.

Soyons honnêtes : les femmes pourront se battre pour leurs droits autant qu’elles le voudront, elles ne pourront pas, à elles seules, faire évoluer durablement les mentalités si les hommes ne se lèvent pas également.

Et puisque les femmes ne sont pas près de baisser les bras, la situation risque de rester conflictuelle tant qu’une partie des hommes ne s’ouvrira pas davantage à cette évolution.

L’entreprise a aussi sa part de responsabilité

Au-delà de l’histoire de Lila, les témoignages de plusieurs femmes sur leurs expériences professionnelles m’ont également amenée à réfléchir au rôle que peuvent jouer les entreprises face à ces situations.

À travers Fallait pas me croire, j’ai voulu faire passer un message simple : l’entreprise se doit de favoriser la parité et de rester attentive aux premiers signes de sexisme.

Car, dans le cas de Lila, le problème ne vient pas uniquement des préjugés de ses collègues, mais aussi d’un environnement professionnel qui laisse ces comportements prendre de l’ampleur.

Quelques mesures pour éviter ce genre de situation

  • Agir face aux rumeurs
  • Ne pas banaliser le sexisme
  • Reconnaître les compétences
  • Responsabiliser les managers
  • Garantir l’égalité des chances
  • Encourager la prise de parole
  • Sensibiliser aux préjugés

Dans le cas de Lila, quelques mesures simples auraient peut-être suffi à éviter qu’une situation fondée sur des suppositions ne prenne une telle ampleur.

Bien sûr, ces situations ne sont pas toujours simples à gérer. Elles demandent parfois de prendre du recul, de remettre en question certaines habitudes et de faire des choix difficiles.

Car faire évoluer les mentalités demande aussi parfois un peu de courage : celui de prendre position, même lorsqu’il serait plus facile de ne rien dire.

Ce que l’entreprise a à y gagner

Parce qu’au-delà de la question de l’égalité, il existe aussi une réalité économique.

Recruter une personne compétente n’a aucun intérêt si c’est pour laisser les préjugés de ses collègues compromettre son avenir professionnel.

Dans le cas de Lila, l’entreprise ne perd pas seulement une salariée. Elle perd aussi un talent, du temps, de l’argent et potentiellement une partie de sa crédibilité.

Favoriser l’égalité professionnelle, c’est aussi mieux fidéliser ses collaborateurs, limiter les conflits internes et créer un environnement plus propice à la performance.

Et puis, soyons pragmatiques : remplacer un bon élément coûte souvent bien plus cher que de prendre le temps de régler un problème en interne.

À travers Lila, j’ai voulu montrer que les normes patriarcales ne pénalisent pas uniquement les femmes. Elles peuvent aussi affecter les hommes, dégrader les relations professionnelles et conduire les entreprises à prendre de mauvaises décisions.

Finalement, le féminisme en entreprise ne devrait pas être une bataille entre les femmes et les hommes, mais une évolution collective vers davantage d’équité.

Et si, au lieu de se demander ce qu’une femme a fait pour mériter sa place, on commençait simplement par regarder ce qu’elle est capable d’y accomplir ?

Et si ça avait été un homme ?

Sources
  1. Ipsos pour l’AFMD, Baromètre #StOpE 2025 sur le sexisme ordinaire au travail, mai 2025. Consulter →
  2. Défenseur des droits et OIT, 18ᵉ baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi, décembre 2025. Consulter →
  3. France Stratégie, Le coût économique des discriminations, septembre 2016. Consulter →
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Portrait de Sarah Lisa Delage

L’autrice

Sarah Lisa Delage

Née en 1995 à La Roche-sur-Yon, Sarah Lisa Delage grandit entourée de livres. Elle publie en 2026 Fallait pas me croire, son premier roman.

Découvrir l’autrice →

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