Féminisme4 min de lecture12 octobre 2026

Féminisme et normes patriarcales : Giulia face au diktat de l’apparence

« Pourquoi le regard des hommes pèse-t-il autant sur celui que les femmes portent sur elles-mêmes ? »

Diktat de l’apparence : une forme ovale blanche enserrée dans un cadre bordeaux et mesurée par des règles en laiton

Dans Fallait pas me croire, j’ai choisi d’explorer, à travers Giulia, ce que la société attend du corps, de l’apparence et de l’attitude des femmes.

Le regard que l’on porte sur soi

Cette question s’adresse aussi bien aux femmes qu’aux hommes :

Vous rappelez-vous le regard que vous portiez sur vous à l’adolescence ?

Je me la suis posée, puis j’ai interrogé mon frère, aujourd’hui jeune adulte. Finalement, sa réponse n’était pas si éloignée de la mienne.

On aurait tous les deux aimé être :

  • plus comme ci,
  • plus comme ça,
  • et encore autrement…

Je lui ai alors demandé : « Et aujourd’hui, quel regard tu poses sur toi ? »

De toute évidence, son physique ne l’intéressait pas plus que ça, alors que moi… J’ai toujours quelque chose qui ne va pas. Tous les quatre matins, j’aperçois un nouveau défaut qu’il faudrait corriger.

Et je vous vois venir : « Pas toutes les femmes, hein ! » Oui, peut-être. Alors je les félicite : elles ont certainement un mental d’acier.

D’où vient ce perfectionnisme de l’apparence chez les femmes ?

Dans Fallait pas me croire, j’évoque déjà la princesse Sissi et son obsession de la minceur. Parce que oui, j’ai visité ses appartements, avec un casque sur la tête. La voix m’a répété du début à la fin qu’elle était malheureuse, hantée par son poids et son apparence.

Ça m’a quand même poussée à m’interroger sur les origines de cette obsession. J’ai donc cherché : elle existe au moins depuis l’Antiquité, mais, en réalité, il n’y a pas de date précise. On parlerait plutôt de plusieurs millénaires.

Et les hommes dans tout ça ? Il semblerait qu’ils trouvent moins à redire à leur capital beauté qu’à leur capital statut.

Giulia et la peur de vieillir

Le problème que j’ai voulu traiter dans le roman, à travers Giulia, c’est la façon dont les normes patriarcales contrôlent le corps et l’apparence des femmes.

La montée du masculinisme en 2026 n’arrange absolument rien, puisqu’elle répand l’idée qu’une femme serait « trop vieille » dès 30 ans. Et encore, je pèse mes mots : les propos qu’on entend sont, vous l’imaginez, bien plus dégradants.

30 ans

l’âge à partir duquel une femme serait « trop vieille », selon les discours masculinistes.

Avec elle, je montre ce que ces pensées font à une femme qui approche de la cinquantaine : elle a peur de vieillir, peur de perdre le regard de l’homme qu’elle aime.

Lui, bien sûr, n’a pas les mêmes craintes pour sa propre apparence. Il se retrouve donc en position de force face à cette insécurité, qu’entretiennent, une fois encore, les normes patriarcales.

Comment les réseaux sociaux contribuent-ils à renforcer ces biais ?

Pourquoi est-ce que je m’intéresse autant à ce sujet ces derniers temps ? Parce que j’ai besoin d’explorer chaque sentiment qui me traverse, pour qu’il ne devienne pas un problème plus tard. C’est le moment ou jamais, j’ai 30 ans !

Eh bien, la réponse est sous mes yeux : les réseaux sociaux. Ils m’ont moi-même donné des complexes, je l’admets. À seulement 28 ans, j’avais même consulté une docteure en médecine esthétique. Elle m’avait envoyée sur les roses, et je l’en remercie aujourd’hui : je lui demandais de combler mes sillons nasogéniens (quelle drôle d’idée). Elle m’avait dit mot pour mot :

« On n’est pas des poupées de cire ! »

Une docteure en médecine esthétique

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, des poupées de cire, on en voit partout. Comme on a toutes baigné dans l’idée qu’une femme devait être belle pour exister, notre petit cerveau voit dans la moindre ride une réelle menace. Et ça peut être douloureux.

L’égalité commence par la déculpabilisation

Je pense que l’égalité commence par la déculpabilisation du corps et de l’apparence des femmes. Il ne s’agit pas de nier les questions de santé, mais de faire taire ces angoisses, pour que les femmes puissent consacrer leur énergie à autre chose qu’à s’inquiéter de leur physique.

On observe une hausse des tentatives de suicide chez les adolescentes et les jeunes femmes, une exposition des corps et une sexualisation précoce. Ces phénomènes ne doivent pas être banalisés : ils devraient nous alerter.

« Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère. »

Citation attribuée à Simone de Beauvoir

Et l’IA dans tout ça ?

Quant à Giulia, prise elle aussi dans la tornade des réseaux sociaux, elle devient addict à son image. On retrouve cela chez beaucoup de jeunes filles et de femmes du XXIᵉ siècle.

L’IA pourrait être un outil merveilleux si elle n’encourageait pas ces dérives. Mais conçue par des personnes elles-mêmes imprégnées des normes patriarcales, consciemment ou non, elle risque de les reproduire.

Voilà pourquoi il est urgent de faire évoluer les mentalités à l’ère de l’IA.

En clair… On n’est pas sortis de l’auberge !

Sources
  1. Office de tourisme de Vienne, Musée Sisi (Hofburg), consulté en octobre 2026. Consulter →
  2. Haut Conseil à l’Égalité, Rapport 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste, janvier 2026. Consulter →
  3. Anses, Sécuriser les usages des réseaux sociaux pour protéger la santé des adolescents, janvier 2026. Consulter →
  4. Observatoire national du suicide (DREES), Suicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie, 6ᵉ rapport, février 2025. Consulter →
  5. UNESCO, Préjugés contre les femmes et les filles dans les grands modèles de langage, mars 2024. Consulter →
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Portrait de Sarah Lisa Delage

L’autrice

Sarah Lisa Delage

Née en 1995 à La Roche-sur-Yon, Sarah Lisa Delage grandit entourée de livres. Elle publie en 2026 Fallait pas me croire, son premier roman.

Découvrir l’autrice →

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